Guides et conseils

Blog invité : le vendeur Wolfgang Jaenicke raconte l'histoire de la vente d’affiches de films « Bloodywood »

Écrit par Wolfgang Jaenicke14 août 2018

Cette semaine, nous tendons le micro virtuel à l'un de nos vendeurs : Wolfgang Jaenicke. Il est à l'origine de la vente Bloodywood de cette semaine, qui est composée d'affiches de films peintes à la main. Cette vente met en vedette 60 œuvres d'art, y compris des œuvres de Mr. Brew, que Wolfgang Jaenicke a rencontré au cours de ses voyages en Afrique. La vente se déroule du 17 au 26 août 2018. Lisez la suite pour suivre les voyages de nos vendeurs et découvrir les œuvres de l’un des principaux témoins du cinéma ghanéen de la période de 1990 à 2010 : Mr. Brew.

__________

Ceux qui voyagent à travers l'Afrique connaissent bien les extraordinaires affiches de films de ce continent. Dans les pays où la lecture et l'écriture sont des activités moins courantes que dans nos contrées, ces affiches servent de support visuel. Il suffit de jeter un coup d'œil à la fresque devant un pub, le « Chapalo » dont la peinture murale invite les clients à goûter la légendaire bière de mil pour comprendre ce que je veux dire. Nous nous sommes rendus au Ghana pour rencontrer l'un des témoins clés du cinéma ghanéen de la période comprise entre 1990 et 2010 : Mr. Brew.

C'est à Gaoua - au pays des Lobi, au sud du Burkina Faso - que j'ai remarqué pour la première fois ce « street art » contemporain africain. Peint par des artistes que presque personne ne connaît. Des artistes qui n'ont « aucune prétention artistique », mais qui ont un sens de la composition et des couleurs et dont le travail est facilement reconnaissable. Tout ce qui se trouve dans les galeries et les musées en occident peut être vu à chaque coin de rue en Afrique.

Photo: Wolfgang Stäbler - Sea View Kino à Elmina, Ghana

Les peintures qui ont servi comme affiches de films pour les innombrables petits cinémas des villes d’Accra, de Takoradi ou d’Elmina, demeurent une des particularités de cet art de rue. Le collectionneur Wolfgang Stäbler m'a récemment envoyé une photo historique montrant l'un des établissements où ces films étaient projetés, souvent avec un équipement rudimentaire.

Sur le mur de l'entrée du hangar, on peut voir l'annonce du film « Candidats pour l'enfer », peint par le légendaire Mr. Brew. Alors que les vétérans Leonardo, Awall Sunil Shetty, Papa Warsti et Armahsco sont maintenant bien documentés dans des collections privées et muséales réputées, Mr. Brew était auparavant presque considéré comme une Arlésienne, l'artiste que tous les collectionneurs de ce genre connaissaient, mais qui demeurait introuvable. Il avait promis à maintes reprises de donner des entretiens, mais sans jamais donner suite.

Vendredi, nous voulions aller de Lomé à Accra pour rencontrer Mr. Brew après avoir été en contact avec son intermédiaire. Nous l'avons trouvé après une longue recherche dans la région frontalière de la Côte d'Ivoire près de Baba Syllas avec l'aide importante d'un antiquaire du marché Nima à Accra.

Mr. Brew nous avait promis - comme à beaucoup d'autres auparavant - de se rendre à Accra pour un entretien. Mais nous n'étions pas sûrs qu’il viendrait. Deux jours plus tard, il est venu à Accra pour nous rencontrer. Nous nous sommes assis dans une cour arrière avec Mr. Brew, à Accra-Nima, un quartier avec les groupes ethniques les plus divers en Afrique de l'Ouest.

Le peintre d'affiches Samuel (Samu ...) Brew, connu sous le nom de « Mr. Brew »

Nous nous sommes arrangés pour nous retrouver le lendemain dans son atelier près de la plage. L’atelier se composait en fait d'une petite cabane de 1,2 mètre carré qui me rappelait un peu un placard pour ranger les ustensiles de peinture. Trois des murs sans fenêtres servaient de « chevalets » sur lesquels prenaient simultanément vie trois tableaux. Du quatrième côté de la « maison de peinture» (atelier) de Mr. Brew se trouvait la porte, qui pouvait être fermée avec un clou recourbé. « Je suis bien connu ici...il ne reste plus rien, mais les tableaux à peine terminés s’en vont des murs de la cabane ».


Dans la « maison de peinture » de Mr. Brew, trois affiches sont peintes simultanément

Le cinéma d'Accra pour lequel Mr. Brew a travaillé comme peintre a fermé ses portes en 2010, avant de s'effondrer. Huit ans se sont écoulés depuis que l’institution historiquement importante a « sombré » pour être remplacée par d'autres médias tels que les ordinateurs, les téléphones portables et les écrans plats. Le cinéma, qui a encore de l'importance en Occident aujourd'hui, ne sera probablement jamais de retour en Afrique. Le cinéma était un lieu de rencontre culturelle avec une fonction sociale importante. Comme un théâtre, il s'agissait d'un centre névralgique social et il n'y a pas l'équivalent de son aura spécifique de « grotte sombre et magique » dans les médias modernes.

D'une part, le légendaire Mr. Brew, avec ses affiches de film peintes sur des sacs de farine, est devenu une marque de fabrique dans les galeries occidentales. D'autre part, on ne connaît même pas son prénom, on ne sait absolument rien de sa biographie, ni dans son environnement social concret, bien que l'homme, aujourd'hui âgé de 45 ans, soit l'un des témoins clés du cinéma ghanéen de l'époque entre 1990 et 2010. Bien sûr - comme tous les artistes de rue d'Afrique de l'Ouest - il est autodidacte.

Au début de la vingtaine, Mr. Brew était l'un des peintres d'affiches de cinéma les plus recherchés au Ghana. Alors que l'ère des petits cinémas urbains et des cinémas itinérants au Ghana touchait à sa fin, il a dû faire face au déclin de la profession, à la dépression et à une peine de deux ans de prison pour complicité de vol d'un ordinateur portable. Au bout d'un an et demi, il a été libéré pour bonne conduite et il continue aujourd'hui à travailler comme peintre. Mais les temps sont désormais difficiles. Des affiches de films à succès de Hollywood ont trouvé leur chemin jusqu'à Accra.

La situation de ces peintres d'affiches est comparable à l'art de nombreux sculpteurs africains, dont les sculptures et les masques sont en effet collectionnés dans nos musées depuis des décennies, mais dont presque personne ne connaît la biographie et dont la valeur est basée uniquement sur des critères de provenance occidentale : c’est à dire qui, en Occident, possédait auparavant l'objet. Ce sont ces critères que le marché de l'art privilégient, bien souvent aidé par des historiens de l'art et des anthropologues.

À gauche : The Prophet, affiche de film ghanéen par Mr. Brew. À droite : Naked Weapon, une affiche de film par by Mr. Brew.

Peu de personnes pourtant se soucient de l'artiste africain lui-même. « Mr. Brew » est un exemple presque emblématique. Nous ne connaissons que sa « marque occidentale » , ce qui, à elle seule, suffit à en faire un art qui se monnaye. Ce n'est qu'une question de temps avant que son art n'atteigne des prix élevés dans les principales maisons de vente aux enchères internationales avec d'importantes provenances occidentales. Mais d'ici là, ce qui constitue la « provenance essentielle » et se concentre sur l'artiste lui-même et représente son contexte social, sera largement oublié.

__________

Visitez notre vente spéciale Bloodywood - affiches de film originales ghanéennes pour trouver de belles et uniques œuvres peintes par Mr. Brew et d’autres artistes.

À découvrir Affiches de films | Affiches | Art moderne

D’autres articles qui pourraient également vous intéresser :

Créez gratuitement votre compte Catawiki

Vous serez impressionné par la sélection impressionnante d’objets uniques proposée chaque semaine sur Catawiki. Inscrivez-vous dès aujourd’hui et explorez nos ventes hebdomadaires préparées par notre équipe d’experts reconnus.

Créez un compte
Partagez cette page
Close Created with Sketch.
Pas encore inscrit(e) ?
En créant gratuitement votre compte Catawiki, vous pourrez faire des offres sur n’importe lesquels de nos 65 000 objets d’exception proposés en vente chaque semaine.
Inscrivez-vous maintenant